Partager l'article ! Chapitre 1: Le soleil se levait dans l'encadrement de sa fenêtre. Il n'y avait pas un nuage pour atténuer l'intensité de la lumière qui vin ...
Ce grand blond s'avança vers la fenêtre, combattant de ses yeux embrumés de sommeil l'astre de Léoris qui avait fait de lui cet homme debout. Le soleil rougeoyait au loin derrière les montagnes. Aussi loin que Sirion s'en souvienne, il ne les avait jamais approchées, et leurs couronnes immaculées ne semblaient pas décidées à quitter leur place. Sirion, lui, était là, si mince que la maladresse semblait l'habiter. Pourtant, bien des fois, il avait su faire preuve d'une agilité hors du commun. Hélion lui avait raconté son histoire. En plein milieu d'un été passé depuis maintenant une vingtaine d'année, un étrange appareil était passé dans le ciel au-dessus de la ferme. Il s'agissait là d'une invention d'un homme devenu tristement célèbre. En effet, l'homme qui avait inventé le premier appareil volant connu la mort lors du premier essai public. Il avait déjà parcouru plusieurs lieues dans les airs quand l'appareil, qu'il avait nommé spyroptère s'agita d'un spasme. Le pilote le mena tant bien que mal vers un espace dégagé et atterri droit dans le foin que Hélion avait emmagasiné dans une grange.
Lorsque Hélion et ses compagnons se dépêchèrent de le rejoindre, le pilote était déjà mort. Mais la surprise venait de la présence de sa femme, encore vivante, mais à bout de souffle. Elle était enceinte, apparemment depuis sept ou huit mois seulement, mais l'accident semblait avoir provoqué l'accouchement. Certains fermiers étant coutumiers de la mise bas de certains animaux, ils entreprirent d'en faire autant avec cette femme, peut-être un peu plus délicatement. Elle n'eut que le temps de murmurer le prénom de son fils en le voyant. Ce fut alors son dernier soupir.
Sirion avait toujours était un jeune garçon serviable, bien que souvent embêtant tant qu'il n'était pas en âge de travailler. Il avait eu beaucoup d'admiration pour Hélion et tout le travail qu'il faisait, même s'il ne l'avait jamais avoué. Très vite, il avait montré une fabuleuse volonté à gambader dans les champs. La femme de Hélion, qui était en charge de la scolarité des enfants de la ferme, lui attribua très vite une tâche digne d'un passionné des champs. Il serait chargé des semences, et des récoltes. Un travail amusant, la première année... Sirion remarqua très vite qu'il s'agissait d'une corvée nécessaire, son premier, et sûrement son dernier travail. Mais ça lui permettrait d'être nourri et logé. Il était dans un sens fier de faire partie de cette communauté, même si, parfois, il se sentait frustré.
- J'ai toujours aimé ta petite bouille blonde au réveil.Hélion fit signe à Korto de le suivre dans son bureau, laissant Sirion seul. Ce dernier n'appréciait pas la situation. Il avait beau savoir ce qui l'attendait, l'idée que ce fut bientôt son tour ne l'enchantait pas. Le temps semblait plus s'allonger que s'écouler. La solitude frappait déjà Sirion alors que les voix s'échappaient du bureau, les mots restants incompréhensibles.
Soudain, la porte s'ouvrit laissant sortir un Korto apparemment joyeux, rayonnant. Il afficha un grand sourire presque sadique quand il se tourna vers Sirion Hélion fit signe à ce dernier de venir prendre la place que Korto occupait juste avant. A contrecoeur, Sirion pénétra dans la pièce, pourtant bien plus motivé à s'enfuir.
La grande fenêtre face à la porte donnait un effet surréaliste à la pièce. Kerry avait confectionné des rideaux dans un tissu légèrement bleuté qui teintaient la pièce de ce même bleu. Un grand bureau en bois sculpté d'un extrême finesse se trouvait au milieu de la pièce avec, de part et d'autre, deux fauteuils de bois et velours rouge. Hélion était un homme simple, mais qui, par sons statut, devait jouer énormément sur les apparences. Il portait une barbe courte, aussi blanche que ses cheveux. Son ventre était resté plat avec l'âge. Bien qu'il commençait à se former depuis que Kerry s'occupait des fourneaux. Il dégageait une sorte d'aura paternelle qui était une des raisons du succès de son entreprise. Sa ferme était la première à laquelle les jeunes hommes venaient chercher un emploi. Et il était rare qu'il les refuse, si bien que certains, en parlant de ce lieu, ne l'appellent plus ferme, mais village de Hélion. Sa fortune devenait impressionnante et beaucoup attendaient de lui qu'il s'implique dans la politique de l'état. Il leur répondait toujours en souriant qu'un homme qui s'occupe de sa ferme n'a pas le temps de diriger un pays, et si quelqu'un avait du temps à lui accorder, alors peut-être qu'il améliorerait sa ferme. Cette réponse ne suffisait pourtant pas à décourager ces gens là.
Hélion s'assit sur l'un des fauteuils, invitant le jeune homme à l'imiter.
" - Je suppose que tu es déjà au courant de la raison de ta présence ici ?
- C'est-à-dire que, s'il s'agit de la tâche annuelle, oui, mais...
- En effet, comme tu le sais, chaque année, j'envoie une personne différente, tu connaît le pouvoir de la forêt de Boistendre, non ?
Le jeune homme dévisagea son employeur, affolé.
- On dit qu'il y a des monstres là-bas, t'es pas sérieux, hein ? Tu ne vas pas m'y envoyer ? Korto y a déjà été, il saura mieux y faire, non ?
- Je n'envoie jamais deux fois la même personne, tu le sais ! Alors bon, non, il n'y a pas de monstre là-bas. Il y a des hommes, des femmes qui y vivent c'est tout. On ne peut pas
vraiment considérer ce genre de population comme monstrueuse, non ? En fait la particularité de ce bois, c'est qu'il est très souple et possède un haut pouvoir guérisseur une fois la nuit tombée.
Du coup, il est très fatigant d'en récupérer.
- Mais, j'aurais des champs à récolter moi, je veux pas aller là-bas.
- Et moi, je n'accepterais aucun refus, encore moins de ta part. Je sais que tu es capable de travailler très rapidement. Korto est parti préparer tout ce qu'il te faut. Tu n'auras
plus qu'à partir.
- Bon j'imagine que je n'ai plus mon mot à dire.
- Non, pas vraiment. Tu es toujours libre de partir, mais réfléchis bien.
- Il n'y a pas à réfléchir. Je refuse que ça se termine maintenant. J'irais voir Korto au plus tôt.
- Dans ce cas, merci pour les trois charrettes avec lesquelles tu reviendras. Je te les ferais parvenir d'ici là.
Sirion s'avançait vers le petit débarras qui jouxtait la forge dans lequel étaient entreposés tous les outils. Machinalement, il s'avança vers sa faux, celle que Korto avait créée à son attention pour son premier travail dans les champs. Elle avait pour particularité un S gravé à la base de la lame, lame qui était la seule pièce de métal. Un jouet pour enfant finalement. Mais qui faisait bien son oeuvre. Korto entra dans la réserve au moment où Sirion posait sa faux. Il remarqua la mélancolie qui habitait le jeune homme dans ce geste. Il hésita quelque peu, puis s'avança comme s'il n'avait rien remarqué. Sirion le connaissant assez le remercia discrètement de ce geste lorsque le forgeron lui donna une caisse en bois contenant les outils nécessaires. Une courte hache, une plus longue et une serpe. Au fond traînait un papier, contenant diverses instructions écrites par Hélion. Korto prit le jeune homme dans ses bras, lui souhaitant bon courage. Ils sortirent tous deux de la remise, le forgeron menant le nouveau bûcheron vers une charrette. Le garçon fut frappé par le fait qu'aucun cheval ne l'accompagnerait. Il attrapa le harnais spécialement adapté à un être humain que Korto avait posé. Il s'avança, non sans difficulté pour démarrer en direction des cuisines, afin de récupérer quelques rations de survie que Kerry pourrait lui apporter.
Effectivement, la meilleure des cuisinières avait déjà préparé un panier contenant diverses provisions, que ce soit de l'eau, du saucisson, ou du jambon. Quelques navets traînaient par-ci par-là. De la courte conversation qui en découlait, Sirion compris pourquoi une serpe se prélassait au fond de sa caisse. Kerry lui avait remis une liste d'herbes aromatiques. Préférant éviter de recevoir des tâches supplémentaires, Sirion se lança sur le chemin de la forêt de Boistendre. L'heure de trajet qui l'aurait mené jusque là-bas lui parut éternelle. Plus il s'avançait, plus la forêt semblait s'éloigner. Alors Sirion s'engagea vers le plus mauvais chemin que son esprit lui indiquait. Faire une pause. Il détacha les sangles qui lui sciaient les épaules, cala la charrette un moment, puis s'installa dessus. Il commença son premier repas. Repas qui fut très vite restreint, au vu du peu de vivres qu'il lui semblait avoir, lui qui, comme n'importe quel adolescent, mangeait toujours pour quatre. Il jeta un coup d'oeil rapide à la liste de plantes que Kerry lui avait demandé. La moitié au moins lui était inconnue. Quant aux recommandations de Hélion, elles étaient bien peu importantes de prime abord. Faire attention au matériel, faire attention à soi, préparer une charrette toutes les deux semaines, une autre lui serait livrée d'ici là. Rien de tout ça ne le motivait, alors il reprit son chemin, jusqu'à arriver au pied de cette forêt étrange, qui par la seule position des arbres qui la constituaient, ne semblait pas naturelle. En effet, elle formait un cercle parfait. Et les arbres, de l'orée au centre de la forêt semblait plus grand, ce qui provoquait l'illusion d'une montagne.
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