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Avant la Grande Symphonie
Six dieux dérivaient, lentement, sans but précis, créant chacun son tour un monde, puis deux, puis d'autres, encore, toujours. Jamais un monde n'avait été autre chose qu'une simple expérience, un passe-temps. Une majorité des mondes n'étaient pas viables. D'autres n'étaient créés que pour se détruire au fur et à mesure de leur évolution.
Le fruit du hasard a fait que les six dieux se rencontrèrent, alors même qu'ils n'avaient pas conscience de l'existence des autres. Un dialogue s'instaura, plusieurs siècles durant où chacun des Dieux fit don aux autres de ses connaissances, de ses idées. Mais aucun d'entre eux n'avait jamais créé ce qu'ils étaient alors en train de mettre au point. L'harmonie. Et avec l'harmonie naquit la musique. Et pour que puisse vivre cette idée de la musique, créée par tous les Dieux pour la première fois unis, ils décidèrent, de la même manière, de créer un monde ensemble, un monde qui aurait la particularité de vivre au rythme d'une musique.
Par soucis d'équité, chacun avait une tâche définie, en fonction de ce qu'il avait déjà su créer. Or, il apparaissait que chacun n'avait jamais créé ce qu'un autre avait fait, et même, ce que lui même avait créé. Rien, jamais, n'avait connu deux fois sa propre création. Jamais n'apparaissait deux fois une même chose. Bien sûr, il y avait des répliques, mais qui connaissaient toutes des spécificités.
Le premier à agir fut Helotz, dont l'imagination lui avait permis de créer diverses matières invisibles, capables de se mélanger. Il créa ce que les Hommes nomment Air. Lentement alors, commencèrent à vibrer des sons, presque inaudibles, furtifs.
Kigo, lui, se dit qu'une belle planète devait être solide. Alors il créa ce que les Hommes nomment Terre. De lourdes percussions firent vibrer le monde, puis l'univers au fur et à mesure que la Thélésie se formait. Par jeu, Kigo forma les Montagnes, hautes pointes qui venaient percer les couches d'air.
Amusée, Cyna ne put s'empêcher de contrarier Kigo avec qui elle s'entendait à merveille. Elle fit couler l'eau, au point de noyer les creux que Kigo avait créé en formant les montagnes. On dit que les cordes de la Grande Symphonie sont faite à partir de cette eau.
Leoris, lui, n'avait jamais vraiment créé de planète. Il préférait faire ce qu'il nomma étoile. Une boule, perdue dans l'immensité, qui n'avait pour unique but que de diffuser une forte lumière. Plus la lumière était intense, et plus le volume de la symphonie augmentait.
Noxus, préférait que la symphonie reste douce, plus agréable. Alors, il créa deux astres, semblables au soleil, mais qui ne diffusaient pas de lumière. De plus, il ajouta à la Thélésie un mouvement de rotation, de sorte que la lumière de Léoris ne frappait pas toujours la Thélésie au même endroit. Alors, Leoris fit tourner les astres, de sorte qu'ils soient éclairés par sa lumière, et la reflètent de l'autre côté de la Thélésie. Ce manège les amusait, mais ils permettaient aussi de varier l'intensité sonore de la Grande Symphonie.
Mais l'apogée de l'oeuvre apparut avec la force de la chaleur d'Aena, qu'elle communiqua à la lumière de Léoris. Ainsi, l'eau s'évapora, ne faisant qu'un avec l'air, s'écoulant sur la Thélésie. Les premières formes de vie apparurent. Et les Dieux se réjouirent de leur création.
Attiré par la puissance harmonique, un esprit se présenta aux six Dieux. Il semblait faible, prêt à disparaître. Il leur signala avoir traversé l'univers en entendant résonner cette symphonie. Il se fit nommer Exor. Les Dieux, touchés par son état voulurent lui accorder une faveur. Ils lui proposèrent de s'installer en Thélésie, et avec eux, d'écouter la Grande Symphonie.
Alors que les Dieux contemplaient leur création, Exor commençait à s'ennuyer. De plus les Dieux ne semblaient plus prêter attention à lui, tant fascinés par leur Thélésie. Il s'éclipsa, décidant de vivre activement. Il descendit directement au contact de la Thélésie, à la recherche d'un abri pour s'installer, la Grande Symphonie lui donnant la force nécessaire. Mais tout semblait lent, trop lent. Les choses changeaient, mais pas assez vite pour qu'Exor les voit à maturité. Et cela lui était insupportable.
Exor s'approcha des Dieux, et leur tint un discours sur sa solitude. Les Dieux se réunirent alors, isolés, pour prendre une décision. L'idée d'accélérer la Grande Symphonie ne leur plaisait pas. Mais le remord les rongeait d'avoir abandonné le seul être pensant qu'ils avaient pu rencontrer pour un monde qui pouvait se passer d'eux. Alors ils accédèrent à sa requête.
Helotz fit évoluer les formes de vies pour créer des oiseaux, de toutes les espèces. Exor en fut ravi, et n'importuna plus les Dieux pendant plusieurs siècles. Puis l'envie de voler avec les oiseaux le prit, mais Helotz refusa de lui en donner la capacité. Alors, lassé de les contempler depuis le sol, il demanda à un autre Dieu de réaliser un exploit semblable à celui de Helotz.
Cyna s'approcha alors du rivage, et d'un contact de la main, empli les eaux des créatures aquatiques. Exor, ne sachant nager, et se voyant cette capacité aussi refusée, ne put apprécier les poissons, trop éloignés pour être visibles.
La Grande Symphonie souffrait de ces brusques changements, et les harmonies se perdaient, alors que le tout ressemblait de plus en plus à un désaccord musical.
Très vite, Kigo modifia d'autres formes de vie, et restaura l'harmonie en créant les plus beaux spécimen de créatures terrestres. La Grande Symphonie se fit entendre, mais les animaux devenaient trop nombreux, et très vite, cela devint incontrôlable, virant à la catastrophe.
Exor fit une proposition horrible, mais indispensable aux Dieux, qu'ils se virent obliger d'accepter. Par leurs pouvoirs naquirent les prédateurs. Mais là où devait venir le calme arriva la cacophonie. La Grande Symphonie n'était plus reconnaissable. Alors, encore une fois, Exor leur fit part d'une curieuse idée, il leur proposa de créer des hommes et des femmes, des corps habités par des esprits semblables aux Dieux.
Les Dieux apprécièrent l'idée, mais limitèrent les pouvoirs des hommes. Ils créèrent aussi un corps pour Exor, le seul corps qui ne dépérirait pas, afin que jamais Exor ne disparaisse. Parfois, l'on entend une fausse note dans la Grande Symphonie, due à l'orgueil divin d'avoir créer chacun sa propre race d'homme.
Et depuis, sans jamais marquer de pause, la symphonie résonne, quelque part, transportant l'écho de ce monde presque parfait...
Les Hommes étaient donc tous très ressemblants. Mais chaque race portait une distinction divine.
Ainsi, les Hommes d'Helotz sont appelés Ceux des Nuages. Ils portent des ailes de plumes blanches, bleu pastel, ou grises. Leurs cheveux sont généralement du même échantillon de couleur, auquel on peut ajouter le blond. Ils restent une légende Thélésienne.
Au même titre apparaissent les Hommes des Profondeurs, créés par Noxus, plus petits que la moyenne de la surface, ils ont le teint blanc. La couleur de leurs cheveux vire d'un rouge pénétrant à un blanc sage. On leur attribue toutes les innovations technologiques.
Mais des Hommes ne font pas parti des légendes. Ils furent créés par plusieurs Dieux. Leoris, Kigo et Cyna s'étaient unis pour créer les Hommes des Forêts. Sans doutes les plus variés, y compris dans leurs idées. A tel point qu'ils se séparèrent en trois factions.
Les Hommes de Léoris prirent leur nom d'Homme des Plaines car ils transformèrent leur lieu de naissance afin de le cultiver. Ils construisirent des villes sur plusieurs continents et fondèrent la Nation de Crystal. Ce nom leur vient de la capitale de la Nation, Dragorius. Dragorius, la cité des Dragons était réputée en ses beaux jours pour sa grande tour de cristal qui s'élevait dans le ciel telle une flèche cherchant à atteindre le domaine des Dieux. Les crystaliens forment un peuple très organisé, que ce soit d'un point de vue économique ou militaire.
Les Hommes de Kigo devinrent les Hommes des Bois. Très vite ils entrèrent en communion avec la nature, qu'ils considèrent comme une partie de l'esprit de Kigo. Ils sont de fervents défenseur de la nature, tout en permettant aux Hommes des Plaines de s'en servir, s'ils jugent leur utilisation inoffensive pour celle-ci. Les Hommes des Bois ont pris des traits physiques qui les rapprochent de la nature. Ainsi, les hommes ont les cheveux qui peuvent être vert feuille et tourner au bleu nuit, alors que les femmes ont les cheveux couleur d'automne. Ils n'ont aucune structure à proprement parlé, car sous leur protection, la nature leur offre le foyer dont ils ont besoin.
Les Hommes des Côtes se sont rapprochés de Cyna, fascinés par cette grande étendue bleue qu'ils se sont promis de dompter. Ce sont les meilleurs marins. Ils sont indispensables aux Hommes des Plaines pour voyager. Physiquement, on ne peut les différencier de ces derniers.
Ces trois peuples exilaient leurs criminels sur le Continent des Dunes, dirigé par Aena. Étrangement, peut-être à cause de leur environnement hostile, leur comportement était opposé à ce que l'on pensait en leur faisant subir cette sanction. Les Hommes du Désert naquirent en s'unissant pour survivre. Alors Aena, qui n'avait créé aucun peuple les prit sous sa protection.
Une nuit, les Dieux se réunirent, invitant Exor, pour faire un point sur leur symphonie. Elle résonnait à merveille. Mais Exor leur rappela les fausses notes qui se laissaient entendre, parfois si faiblement que même les Dieux ne parvenaient à les déceler. Pour une raison obscure, Noxus, pourtant très proche de Léoris, se leva et l'accusa d'avoir été le premier à conférer un caractère unique aux Hommes, imité de près par Kigo et Cyna. Ce caractère unique aurait créé leur séparation, et les fausses notes seraient apparues.
Léoris lui renvoya que même s'ils avaient été pareil, ils auraient forcément appris à vivre différemment. N'y avait-il pas plusieurs dérivés de chaque animal. Il était logique que les Hommes ne soient pas tous identiques. La symphonie l'exigeait.
C'est lors de cette dispute, dont les conséquences se font encore ressentir de nos jours, que les Dieux décidèrent de s'intégrer à la symphonie, et descendirent sur la Thélésie auprès de leurs peuple. Si Noxus avait réellement eu un peuple, alors il faudrait le trouver, et l'exterminer. Telle avait été la décision de Léoris. Et les Homms des Plaines le suivirent. Leurs alliés naturels des côtes et des forêts le rejoignirent de même. Ainsi, Noxus et son peuple furent chassés. Très vite, les Hommes des Fôrets se languirent de leurs arbres, et les Hommes des côtes savaient qu'ils ne trouveraient pas les Hommes des Profondeurs sur l'eau.
On dit que les Hommes de Noxus apparurent une nuit au pied de la ville de cristal, Dragorius. Armés d'engins de siège, et de multiples instruments de guerre, ils se ruèrent sur la ville. Les Hommes des Plaines, préparés à les exterminer, les affrontèrent. Et la guerre dura plusieurs semaines, alimentée par une haine divine. On dit que lorsque les machines de siège eurent raison du cristal, et que la tour se répandit sur le champ de bataille, un cri retentit, violent, terrorisant. Nul n'aurait su dire si le nom de Noxus ou de Léoris avait été prononcé. Mais les Dieux se matérialisèrent instantanément auprès de l'auteur du hurlement.
Sa rage était intense. Il semblait pourtant si jeune, mais déjà une couronne d'or était échoué sur son crâne blond. Ses yeux étaient rouge par la fatigue, sa peau était blanche par la faim, ses mains tremblaient par le froid. Mais sa voix ne portait aucune de ces marques lorsqu'il défia les Dieux de se battre ensemble, contre lui et son épée, s'il gagnait, la guerre prendrait fin, sinon il espérait que le combat commencé, les Dieux le finiraient entre eux.. Les Dieux relevèrent le défi. Au premier coup, le jeune roi tomba. Comme un seul homme, les deux armées se ruèrent vers Noxus et Léoris, chacun tombant sous les coups de son propre peuple.
Assisté du général de guerre des Profondeurs, le jeune roi se releva, en piteux état, la mort l'appelant. Il poussa à nouveau son cri de rage. Hurlement animal et pourtant si humain. Il s'approcha des Dieux, et conclut un pacte avec eux.
De ce jour, la lignée des Coeur de Dragon, comme il fut appelé, dirigea le peuple de la Lumière au côté de la lignée des Yeux d'Abîmes, descendante du général de guerre des Profondeurs. Pour respecter l'équilibre, Dragorius serait constamment plongée dans les ténèbres sur sa moitié Est, et dans la lumière sur sa moitié Ouest.
Sur la prononciation de ce pacte, la Terre se fendit, portée par la chaleur des eaux et des vents, vers l'extrême Nord de la Thélésie. Et seule une petite île abritant la ville de Dragorius en ruine se trouva là où la Thélésie ne voyait jamais s'estomper la limite entre les lumières et les ténèbres. Et les six Dieux s'évanouirent, loin de la symphonie, mais toujours à son écoute.
Vingt générations plus tard, le Roi Fallern Coeur de Dragon reçu la visite d'un être étrange, extrêmement vieux, mais en pleine santé. Il lui demanda une audience privée. Le Roi accepta, et sortant de sa salle de réception privée déclara que...
Ce grand blond s'avança vers la fenêtre, combattant de ses yeux embrumés de sommeil l'astre de Léoris qui avait fait de lui cet homme debout. Le soleil rougeoyait au loin derrière les montagnes. Aussi loin que Sirion s'en souvienne, il ne les avait jamais approchées, et leurs couronnes immaculées ne semblaient pas décidées à quitter leur place. Sirion, lui, était là, si mince que la maladresse semblait l'habiter. Pourtant, bien des fois, il avait su faire preuve d'une agilité hors du commun. Hélion lui avait raconté son histoire. En plein milieu d'un été passé depuis maintenant une vingtaine d'année, un étrange appareil était passé dans le ciel au-dessus de la ferme. Il s'agissait là d'une invention d'un homme devenu tristement célèbre. En effet, l'homme qui avait inventé le premier appareil volant connu la mort lors du premier essai public. Il avait déjà parcouru plusieurs lieues dans les airs quand l'appareil, qu'il avait nommé spyroptère s'agita d'un spasme. Le pilote le mena tant bien que mal vers un espace dégagé et atterri droit dans le foin que Hélion avait emmagasiné dans une grange.
Lorsque Hélion et ses compagnons se dépêchèrent de le rejoindre, le pilote était déjà mort. Mais la surprise venait de la présence de sa femme, encore vivante, mais à bout de souffle. Elle était enceinte, apparemment depuis sept ou huit mois seulement, mais l'accident semblait avoir provoqué l'accouchement. Certains fermiers étant coutumiers de la mise bas de certains animaux, ils entreprirent d'en faire autant avec cette femme, peut-être un peu plus délicatement. Elle n'eut que le temps de murmurer le prénom de son fils en le voyant. Ce fut alors son dernier soupir.
Sirion avait toujours était un jeune garçon serviable, bien que souvent embêtant tant qu'il n'était pas en âge de travailler. Il avait eu beaucoup d'admiration pour Hélion et tout le travail qu'il faisait, même s'il ne l'avait jamais avoué. Très vite, il avait montré une fabuleuse volonté à gambader dans les champs. La femme de Hélion, qui était en charge de la scolarité des enfants de la ferme, lui attribua très vite une tâche digne d'un passionné des champs. Il serait chargé des semences, et des récoltes. Un travail amusant, la première année... Sirion remarqua très vite qu'il s'agissait d'une corvée nécessaire, son premier, et sûrement son dernier travail. Mais ça lui permettrait d'être nourri et logé. Il était dans un sens fier de faire partie de cette communauté, même si, parfois, il se sentait frustré.
- J'ai toujours aimé ta petite bouille blonde au réveil.Hélion fit signe à Korto de le suivre dans son bureau, laissant Sirion seul. Ce dernier n'appréciait pas la situation. Il avait beau savoir ce qui l'attendait, l'idée que ce fut bientôt son tour ne l'enchantait pas. Le temps semblait plus s'allonger que s'écouler. La solitude frappait déjà Sirion alors que les voix s'échappaient du bureau, les mots restants incompréhensibles.
Soudain, la porte s'ouvrit laissant sortir un Korto apparemment joyeux, rayonnant. Il afficha un grand sourire presque sadique quand il se tourna vers Sirion Hélion fit signe à ce dernier de venir prendre la place que Korto occupait juste avant. A contrecoeur, Sirion pénétra dans la pièce, pourtant bien plus motivé à s'enfuir.
La grande fenêtre face à la porte donnait un effet surréaliste à la pièce. Kerry avait confectionné des rideaux dans un tissu légèrement bleuté qui teintaient la pièce de ce même bleu. Un grand bureau en bois sculpté d'un extrême finesse se trouvait au milieu de la pièce avec, de part et d'autre, deux fauteuils de bois et velours rouge. Hélion était un homme simple, mais qui, par sons statut, devait jouer énormément sur les apparences. Il portait une barbe courte, aussi blanche que ses cheveux. Son ventre était resté plat avec l'âge. Bien qu'il commençait à se former depuis que Kerry s'occupait des fourneaux. Il dégageait une sorte d'aura paternelle qui était une des raisons du succès de son entreprise. Sa ferme était la première à laquelle les jeunes hommes venaient chercher un emploi. Et il était rare qu'il les refuse, si bien que certains, en parlant de ce lieu, ne l'appellent plus ferme, mais village de Hélion. Sa fortune devenait impressionnante et beaucoup attendaient de lui qu'il s'implique dans la politique de l'état. Il leur répondait toujours en souriant qu'un homme qui s'occupe de sa ferme n'a pas le temps de diriger un pays, et si quelqu'un avait du temps à lui accorder, alors peut-être qu'il améliorerait sa ferme. Cette réponse ne suffisait pourtant pas à décourager ces gens là.
Hélion s'assit sur l'un des fauteuils, invitant le jeune homme à l'imiter.
" - Je suppose que tu es déjà au courant de la raison de ta présence ici ?
- C'est-à-dire que, s'il s'agit de la tâche annuelle, oui, mais...
- En effet, comme tu le sais, chaque année, j'envoie une personne différente, tu connaît le pouvoir de la forêt de Boistendre, non ?
Le jeune homme dévisagea son employeur, affolé.
- On dit qu'il y a des monstres là-bas, t'es pas sérieux, hein ? Tu ne vas pas m'y envoyer ? Korto y a déjà été, il saura mieux y faire, non ?
- Je n'envoie jamais deux fois la même personne, tu le sais ! Alors bon, non, il n'y a pas de monstre là-bas. Il y a des hommes, des femmes qui y vivent c'est tout. On ne peut pas
vraiment considérer ce genre de population comme monstrueuse, non ? En fait la particularité de ce bois, c'est qu'il est très souple et possède un haut pouvoir guérisseur une fois la nuit tombée.
Du coup, il est très fatigant d'en récupérer.
- Mais, j'aurais des champs à récolter moi, je veux pas aller là-bas.
- Et moi, je n'accepterais aucun refus, encore moins de ta part. Je sais que tu es capable de travailler très rapidement. Korto est parti préparer tout ce qu'il te faut. Tu n'auras
plus qu'à partir.
- Bon j'imagine que je n'ai plus mon mot à dire.
- Non, pas vraiment. Tu es toujours libre de partir, mais réfléchis bien.
- Il n'y a pas à réfléchir. Je refuse que ça se termine maintenant. J'irais voir Korto au plus tôt.
- Dans ce cas, merci pour les trois charrettes avec lesquelles tu reviendras. Je te les ferais parvenir d'ici là.
Sirion s'avançait vers le petit débarras qui jouxtait la forge dans lequel étaient entreposés tous les outils. Machinalement, il s'avança vers sa faux, celle que Korto avait créée à son attention pour son premier travail dans les champs. Elle avait pour particularité un S gravé à la base de la lame, lame qui était la seule pièce de métal. Un jouet pour enfant finalement. Mais qui faisait bien son oeuvre. Korto entra dans la réserve au moment où Sirion posait sa faux. Il remarqua la mélancolie qui habitait le jeune homme dans ce geste. Il hésita quelque peu, puis s'avança comme s'il n'avait rien remarqué. Sirion le connaissant assez le remercia discrètement de ce geste lorsque le forgeron lui donna une caisse en bois contenant les outils nécessaires. Une courte hache, une plus longue et une serpe. Au fond traînait un papier, contenant diverses instructions écrites par Hélion. Korto prit le jeune homme dans ses bras, lui souhaitant bon courage. Ils sortirent tous deux de la remise, le forgeron menant le nouveau bûcheron vers une charrette. Le garçon fut frappé par le fait qu'aucun cheval ne l'accompagnerait. Il attrapa le harnais spécialement adapté à un être humain que Korto avait posé. Il s'avança, non sans difficulté pour démarrer en direction des cuisines, afin de récupérer quelques rations de survie que Kerry pourrait lui apporter.
Effectivement, la meilleure des cuisinières avait déjà préparé un panier contenant diverses provisions, que ce soit de l'eau, du saucisson, ou du jambon. Quelques navets traînaient par-ci par-là. De la courte conversation qui en découlait, Sirion compris pourquoi une serpe se prélassait au fond de sa caisse. Kerry lui avait remis une liste d'herbes aromatiques. Préférant éviter de recevoir des tâches supplémentaires, Sirion se lança sur le chemin de la forêt de Boistendre. L'heure de trajet qui l'aurait mené jusque là-bas lui parut éternelle. Plus il s'avançait, plus la forêt semblait s'éloigner. Alors Sirion s'engagea vers le plus mauvais chemin que son esprit lui indiquait. Faire une pause. Il détacha les sangles qui lui sciaient les épaules, cala la charrette un moment, puis s'installa dessus. Il commença son premier repas. Repas qui fut très vite restreint, au vu du peu de vivres qu'il lui semblait avoir, lui qui, comme n'importe quel adolescent, mangeait toujours pour quatre. Il jeta un coup d'oeil rapide à la liste de plantes que Kerry lui avait demandé. La moitié au moins lui était inconnue. Quant aux recommandations de Hélion, elles étaient bien peu importantes de prime abord. Faire attention au matériel, faire attention à soi, préparer une charrette toutes les deux semaines, une autre lui serait livrée d'ici là. Rien de tout ça ne le motivait, alors il reprit son chemin, jusqu'à arriver au pied de cette forêt étrange, qui par la seule position des arbres qui la constituaient, ne semblait pas naturelle. En effet, elle formait un cercle parfait. Et les arbres, de l'orée au centre de la forêt semblait plus grand, ce qui provoquait l'illusion d'une montagne.
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